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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
École d'Athènes par Raphaël

École d'Athènes par Raphaël

ÉTHIQUE OU PRATIQUE ?

 

En 2021 j’écrivais mon premier livre : « Exercices spirituels antiques et Franc-maçonnerie ». Depuis je n’ai pas cessé ma réflexion sur ce thème, que j’enrichis périodiquement, ou plutôt presque quotidiennement par ma pratique maçonnique. J’écris, quand d’autres parlent seulement, d’autres méditent en silence, ils s’enrichissent tout autant, mais les bienfaits de leur action ne sont pas partagés. J’ai la faiblesse de croire qu’arriver à un certain âge, le peu de temps qui nous reste doit être consacré toujours et encore à la recherche des savoirs, mais surtout à la Connaissance c’est-à-dire à l’Amour du partage.

Les philosophes antiques, mais aussi les modernes sont le plus souvent préoccupés par la construction de systèmes, d’écoles de pensée, qu’ils s’efforcent de diviser, de structurer, de classer, au risque d’émietter leur pensée originelle. Ils veulent sans doute s’affirmer et au mieux laisser une trace de leur passage. Ils se saisissent parfois d’éléments disparates, piochés dans diverses écoles ou systèmes et en les assemblant, ils tentent de trouver une forme de cohérence. C’est une forme d’exégèse élaborée, que d’autres s’empressent de critiquer les accusant au mieux de plagiat au pire d’incohérence. Toute cette agitation intellectuelle finit par aboutir à une confusion, où chacun demeure persuadé d’avoir raison et cela donne corps à des conversations de cénacle où chacun compare ses degrés de savoir. Conversations qui finissent par n’intéresser que les locuteurs qui débattent entre eux, un entre-soi, bien loin des préoccupations existentielles des autres et même bien loin de toute élévation spirituelle qui pourrait améliorer la société. Nous devons nous interroger à propos des philosophes de l’antiquité : leur tâche principale était-elle la rédaction d’un écrit, ou d’écrits ? Il semble à l’analyse que non. En effet tout le monde semble d’accord que les principaux d’entre eux non rien écrit. C’est le cas de Pythagore considéré comme le premier sage, le premier philosophe, l’inventeur même de la philosophie et pourtant il n’a rien écrit ! Pour Socrate il en est de même, c’est Platon qui nous rapporte sa pensée, Plotin même le néoplatonicien tardif dont les Ennéades ont été classées et parfois réécrites par Porphyre. Et pourtant nous pouvons constater qu’ils nous ont laissé un héritage. Nous pouvons donc légitimement nous poser la question, est-ce que la tâche primordiale, essentielle d’un philosophe est la rédaction d’un écrit ? Victor Goldschmidt éminent philosophe, et historien français d’origine allemande, le pensait. Ainsi, il formula le postulat sur lequel repose la méthode structurale en philosophie : « La méthode structurale, dit-il met incontestablement l’accent sur l’œuvre écrite, comme l’unique témoignage où se manifeste une pensée philosophique. »[1] Cela semble évident comment pourrions-nous prétendre la pensée des philosophes antiques sans l’écrit. Pourtant, réfléchissons plus loin, nous constatons l’extrême lenteur des œuvres philosophiques écrites. Cela est du tout simplement parce que la communication était orale. Les dialogues de Platon en sont la démonstration, sans qu’il soit besoin d’argumenter. On notera de plus que les dialogues sont organisés par thème, visant sans nul doute un objectif pédagogique et inspirant pour une conduite de vie face aux événements de celle-ci, ils sont donc plus Praxis que theoria.

 

 

 

 

Conclusion

 

Éthique et Pratique.

 

J’ai volontairement écrit Pratique avec un « P majuscule », en forme d’égalité avec Éthique. Aujourd’hui nos hommes politiques à l’approche des élections éprouvent l’envie soudaine d’écrire. De se raconter et de nous raconter de belles histoires que nous sommes tentés de croire puisqu’elles sont mises par écrit. Après avoir dévoyé l’oralité tentent t’ils de convaincre par la sacralité de leurs écrits, inscrivant leurs promesses dans le marbre face à des paroles qui n’impriment plus. Plutôt que de nous parler d’éthique à longueur de journée, nous pourrions leur dire comme Socrate quand envisager de passer à la pratique ? La Franc-maçonnerie revendique elle dans ses travaux d’être dans l’éthique et au dehors de ses loges de passer à la pratique. Elle est pensée et action, fraternité humanisme et spiritualité, son initiatique n’a pas de sens sans la pratique de ce qu’elle enseigne. Ses exercices qui sont de formation sont aussi d’application dans l’homme et dans la cité. On vient en Franc-maçonnerie, non par vanité pour flatter son ego, mais pour agir sur soi et dans la société. Elle est une praxis vivante, faisons en sorte qu’elle soit vivace grâce à notre exemplarité et qu’elle inspire nos hommes politiques dans leur conduite et pas seulement dans leurs écrits.

 

                                    Jean-François Guerry.

 

[1] Victor Goldschmidt- Remarques sur la méthode structurale en histoire de la philosophie- Métaphysique et histoire de la philosophie, recueil d’études offert à Fernand Brunner. Neufchâtel 1981. Page 230.

ÉTHIQUE OU PRATIQUE
L'ACTION DE LA LUMIÈRE 
ÉTHIQUE OU PRATIQUE

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Publié le par Jean-François Guerry
Chers toutes et tous... Je serais absent du 20 au 26 joies de grand-père !!! Je vous propose en attendant quelques citations pour méditer....À bientôt

Jean-François Guerry

L'ABSENCE....
QUEL PLUS GRAND MANQUE QUE L'ABSENCE DE LUMIÈRE ?

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Publié le par YANN
BLOG DE YANN - LE NOIR DE LA NUIT
Photo de kylejeffreys sur Unsplash

 

 

 Le noir de la nuit 

 

Enfant, lorsque je sortais aux étoiles, comme je le fais chaque soir dans ma campagne bretonne hors des lumières de la ville, je me posais cette question : " Pourquoi fait-il noir la nuit ?" 

Sous son apparente naïveté, la question que se posent tous les enfants du monde cache l’une des plus profondes énigmes du Cosmos. Une énigme sur laquelle se sont de tous temps penchés les humanistes, des astronomes de l’Antiquité aux astrophysiciens modernes en passant par Descartes, Kant, … et Edgard Poë : "La vision spirituelle même ne se heurte-t-elle  pas en tous points aux remparts dorés et continus de l’Univers ?" écrivait en 1845 le célèbre poète, trois ans avant de donner à la Society Library  de New York une conférence sur la "cosmogonie de l’univers". 

Qui a donc dérobé la lumière des étoiles lointaines ? Professeur de physique et d’astronomie à l’université américaine du Massachusetts, Edward Harrison, sur la piste des différentes conceptions cosmologiques, mène une véritable enquête policière. Accessible à tous et accompagnée d’une solide annexe pour les plus érudits. 

"Le noir de la nuit. Une énigme du cosmos" Edward Harrison.  Seuil 320 p. 

Et si vous préférez un bon film et que vous avez le sens de l’humour, ressortez, dans votre médiathèque, "Harry dans tous ses états" de Woody Allen (1997). Quelques morceaux choisis : 

En présence de Cookie, une superbe black pute, Harry (Woody Allen) a des angoisses métaphysiques : 

Cookie Williams : "Qu’est-ce qui te rend triste ?" 

Harry Black (Woody Allen): "Ma faillite spirituelle. J’suis vidé. "

Cookie Williams : "Qu’est-ce que tu veux dire ?" 

Harry Black (Woody Allen): "J’ai peur… J’ai pas d’amis… Tu vois ce que je veux dire ! En d’autres termes, quand j’étais jeune, ça me faisait moins peur d’attendre la Révolution que maintenant d’attendre Godot ! "

Cookie Williams : "Ha ! Alors là, j’suis larguée ! "

Harry Black (Woody Allen): "Tu sais que l’univers craque de partout. Tu es au courant ! Tu sais ce que c’est qu’un trou noir ? "

Cookie Williams : "Oui, oui, je sais c’est mon gagne-pain ! "

 

YANN

BLOG DE YANN - LE NOIR DE LA NUIT
Phare de l'île Vierge Plouguerneau Lilia Finistère

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Publié le par Jean-François Guerry
Le Vieil Homme et la Mer - Ernest Hemingway

Le Vieil Homme et la Mer - Ernest Hemingway

LA SAGESSE DE LA DIFFÉRENCE

René Girard, inventeur de la théorie du mimétisme, a développé l’idée selon laquelle nous sommes conduits à vouloir être semblables aux autres, ainsi que les conséquences de ce phénomène qui, in fine, gomme toutes les différences entre nous, ou tente de le faire. Dans une société mondialisée et numérisée, quelques-uns s’instituent en dirigeants de nos pensées. On peut parler du retour d’une forme d’obscurantisme, comparable à celle qui précéda les Lumières. Ainsi, l’on ne parle plus guère des Lumières ; parfois seulement, dans quelques sursauts ou prises de conscience, « l’esprit des Lumières » est invoqué. Cela fait bien dans une conversation de salon : c’est vintage !

L’ère numérique aurait dû permettre au plus grand nombre de penser par eux-mêmes, d’acquérir des savoirs qui, sans être la Connaissance, constituent des moyens d’y accéder, et d’ouvrir les esprits. Hélas ! Les progrès technologiques, détournés de leur finalité, font de nous des copies, des objets plutôt que des sujets, des espèces de robots formatés et identiques. Là où le développement du numérique devrait favoriser l’épanouissement des individualités et de la créativité, nous assistons à l’uniformisation des esprits au service du marché. Les sursauts sporadiques de quelques-uns en font des « boucs émissaires », qui ne sont là que pour nous permettre d’expier régulièrement nos fautes. C’est alors le tous contre un, expiatoire du tous semblables, du tous comme les autres, qui domine. C’est ce fameux bouc émissaire, cet élu de la tradition juive, condamné à mort pour expier les fautes des autres, un destin qui ne suscite guère l’envie d’être l’élu !

Dans le prolongement de cette réflexion, demandons-nous pourquoi nous voulons être comme les autres. En réalité, nous ne voulons pas être comme les autres, mais leur être supérieurs ; donc ne pas être tout à fait les mêmes, dans un monde où les apparences et la célébrité deviennent un véritable projet de vie. Notre hubris nous offre la possibilité d’une ruse : nous nous référons volontiers à la richesse des différences, célébrée par Saint-Exupéry. Pourtant, ce que nous recherchons souvent, c’est d’être meilleurs que les autres, en invoquant la différence comme prétexte. Plus encore, notre pensée, qui sacralise nos différences, n’est bien souvent à l’œuvre que pour affirmer notre supériorité. Nous nous comparons sans cesse aux autres. La société moderne et ses instruments de communication nous y encouragent toujours davantage ; elle nous place sous influence. Certains, ayant compris notre inclination à la compétition, exploitent ce penchant : nous tombons alors sous l’influence… des influenceurs, au service du marché. Une telle société de la compétition permanente ne peut conduire qu’à l’affrontement.

Peut-on porter aujourd’hui un autre regard sur la vie ? Existe-t-il des lieux où cela soit possible ? La réponse est oui. La franc-maçonnerie le propose à travers une initiation spécifique qui construit l’homme dans le respect de son individualité et de sa personne. Cette initiation, individuelle bien qu’inscrite dans un cadre collectif, trouve une expression particulièrement accomplie dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, le rite initiatique le plus pratiqué dans le monde. Celui-ci associe fraternité, humanisme et développement de la spiritualité, afin que les hommes ne soient pas seulement reconnus comme tels, mais deviennent véritablement tels (on dit pour tel).

J’ai relu récemment ces mots d’Ernest Hemingway dans Le Vieil Homme et la Mer : « Il n’y a rien de noble à être supérieur à ses semblables : la vraie noblesse est d’être supérieur à celui que vous avez été auparavant. » L’initiation maçonnique, progressive par nature, façonne l’homme afin qu’il trouve sa juste place dans le cosmos comme dans la société. Il s’élève spirituellement pour être au service des autres, non pour leur être supérieur. Il découvre alors la richesse des différences ; je dirais même la « sagesse des différences ». Dans le rite, l’on peut lire : « Je suis le même et pourtant autre. » Ceux qui côtoient des Sœurs et des Frères constatent que leur initiation les rend différents tout en les laissant profondément eux-mêmes.

Ce que Hemingway voulait dire, c’est que, plutôt que de consacrer notre vie à nous comparer aux autres et à vouloir leur être supérieurs, il est plus utile, pour nous-mêmes comme pour la société, de travailler à notre propre amélioration. Être sage serait donc avoir la capacité de devenir différent de ce que l’on est aujourd’hui. La comparaison avec autrui est sans véritable intérêt : elle est fragile et éphémère. Ce qui importe, c’est de se comparer à soi-même, d’être un homme vrai en toute circonstance. C’est plus difficile, mais aussi plus fécond pour soi-même comme pour la société. Plutôt que de vouloir toujours dépasser les autres, la Franc-maçonnerie nous invite à nous dépasser nous-mêmes, à convertir notre regard et à demeurer dans une dynamique initiatique constante, jusqu’aux portes de l’Orient éternel. Le combat du vieux pêcheur d’Hemingway contre le marlin géant est, en réalité, un combat contre lui-même. Il ne peut être remporté qu’au prix de l’apprentissage des vertus de fidélité, de persévérance et de courage, qui rendent l’homme libre. C’est un combat solitaire contre soi-même, destiné à maîtriser ses passions tristes ; une compétition contre soi-même, jamais contre les autres. Être aujourd’hui différent de ce que l’on était hier, et demain différent de ce que l’on est aujourd’hui, voilà la sagesse. La sagesse consiste aussi à aimer toujours davantage les autres et à oser la fraternité.

Jean-François Guerry

Livre disponible sur le site du Compas dans l'oeil et en librairie.
LA SAGESSE DE LA DIFFÉRENCE
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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
Image blog 450 FM

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PASSER DU VISIBLE À L’INVISIBLE

Passer du visible à l’invisible : une expression qui résonne souvent dans les loges maçonniques. Aller au-delà des apparences, chercher la vérité cachée, approcher le réel, à la fois si proche et si lointain, inaccessible aux yeux du corps mais accessible à ceux du cœur et de l’esprit. Une telle démarche exige, c’est certain, beaucoup d’imagination. C’est un véritable travail d’artiste.

Que trouve-t-on dans ce sas entre le corps et l’esprit, sinon l’imagination ? Lorsque j’ai courbé le dos pour pénétrer, pour la première fois, dans la loge, les yeux bandés, je me suis imaginé semblable à un aveugle avançant dans un passage obscur. Ce fut mon premier contact avec l’invisible, mon premier mouvement de retour vers moi-même. Ce soir-là, le fil d’Ariane avait pris la forme d’une main bienveillante. Déjà, mon imagination était à l’œuvre. Comme dans le jeu symbolique de la Grèce antique appelé « La Mouche de Bronze »,[1] j’étais porté par l’espérance de découvrir un monde nouveau.

À cet instant, mon imagination sollicitait davantage mon corps que mon esprit. Le corps en était la porte d’entrée. L’initiation commence par le corps. « L’imagination est essentiellement définie par le mécanisme et les affections du corps humain. »[2] On comprend alors l’importance accordée au corps dans les cérémonies d’initiation maçonniques, à tous les degrés. Pourtant, l’imagination unit le corps et l’esprit : le premier nourrit le second. La cécité provisoire du corps oblige l’esprit à se tourner vers son intériorité. C’est le passage du visible corporel à l’invisible spirituel.

Au commencement, l’initiation est d’abord une expérience d’émotions. Nous ne voyons pas ; il n’y a donc ni images ni symboles à contempler, seulement des émotions à vivre. C’est sans doute ce qui explique pourquoi l’initiation est profondément personnelle : elle ne peut être ni racontée ni expliquée ; elle ne peut qu’être vécue. Mais cela importe peu. Comment pourrions-nous, d’ailleurs, prétendre expliquer l’invisible ?

L’imagination ne se contente pas de contempler des images : elle les crée. Elle est, par nature, créatrice et constructrice. C’est elle qui donne vie aux objets, les transforme en symboles vivants qui, sans elle, demeureraient inertes. L’imagination, qui ouvre l’accès à l’invisible, n’est ni une rêverie oisive ni une fantaisie inutile. Elle stimule la vie de l’esprit ; elle est à la fois pensée et action. Vouloir imaginer l’invisible constitue donc une authentique activité spirituelle, un plaisir supérieur, bien éloigné de cette mélancolie maladive si chère aux romantiques. Imaginer l’invisible, c’est construire son œuvre tout en se construisant soi-même.

L’invisible se manifeste, si j’ose dire, avec une intensité particulière dans les interstices que forment les silences qui scandent le rythme. J’ai ainsi remarqué que les coups de maillet, lorsqu’ils sont frappés avec justesse pendant les travaux maçonniques, donnent toute leur force aux silences qui les séparent. Ces silences impressionnent et nourrissent l’imagination de chacun ; surtout, ils permettent la mise en mouvement de l’égrégore. Ils deviennent une respiration commune. « Le rythme est la loi de toute action commune », disait Alain. Point n’est besoin d’objets pour que cette communion fraternelle advienne : quelques silences invisibles, partagés par tous, suffisent.

L’invisible est donc avant tout un état d’esprit. Il lui arrive pourtant de se laisser entrevoir à travers le visible des apparences. N’est-ce pas là l’une des caractéristiques de l’homme vrai : savoir passer, tour à tour, du visible à l’invisible, puis revenir de l’invisible au visible, enrichi de ce qu’il y a découvert ?

Voilà un parcours exigeant. Un parcours initiatique. Un sacré parcours.

                           Jean-François Guerry.

 

[1] Tout jeu est une modélisation du monde, un symbole, qui réunit le monde imaginaire, et le monde réel, le jeu étant la communication entre ces deux réalités dont il constitue une réduction appréhensible pour notre esprit. Le jeu grec de la « Mouche de bronze » est l’ancêtre du jeu de Colin Maillard. Vouloir attraper une mouche les yeux bandés est impossible, on peut toujours l’imaginer ou l’espérer. C’est Suétone et Polux qui nous ont relatés ce jeu symbolique.

[2] Alain. Système des Beaux-Arts. Pages 218 et 231 voir le jeu de l’imagination qui constitue une succession d’états corporels.

PASSER DU VISIBLE À L’INVISIBLE

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Publié le par Jean Dumonteil

 

Saveur et sagesse

La sagesse est un mot qui impressionne. On l’imagine au sommet d’une montagne, réservée à quelques grands philosophes, saints ou maîtres spirituels, inaccessible au commun des mortels. Qui oserait se dire sage ? Les vrais sages, sans doute, sont les derniers à le prétendre. Ils savent que la sagesse ressemble à l’horizon : elle s’éloigne à mesure que l’on avance. La sagesse n’est pas un état que l’on atteint, mais un chemin qui nous précède toujours.

C’est pourquoi j’aime l’étymologie latine de ce mot. Elle réduit soudain la distance. Le mot « sagesse » se réfère au goût :  sapere signifie « avoir du goût », « savourer ». Il a donné le mot saveur. Ainsi, la sagesse ne serait pas d’abord affaire de savoir, mais de saveur. 

Voilà qui change tout. Nous imaginions la sagesse dans l’abstraction ; nous la retrouvons au cœur de nos jours. La sagesse commence peut-être là : dans l’attention au réel. Ne pas se goinfrer, mais prendre le temps de mâcher la vie au lieu de vouloir tout dévorer. Reconnaître que la réalité a une suavité et une complexité d’arômes qui ne se livrent qu’à celui qui consent à ralentir. 

Peut-être la sagesse est-elle moins une somme de connaissances qu’une qualité de présence. Avant de savoir, il faut apprendre à savourer. La sagesse n’est alors ni un privilège ni un sommet. Elle est une saveur qui s’éduque, une disponibilité au monde, un art de goûter la vie jusqu’à en découvrir, peu à peu, la sève cachée. La sagesse a le goût des choses pleinement vécues.

AUTRE PROPOS SUR LA SAGESSE - VU SUR LE BLOG SENTIMENT OCÉANIQUE . Par Jean Dumonteil

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Publié le par Jean-François Guerry
PROPOS SUR LA SAGESSE

PROPOS SUR LA SAGESSE

Parler de la Sagesse semble être d’emblée une impossibilité ou, du moins, une certitude de ne pas arriver à la définir, parce que, pour la définir, il faudrait la connaître, donc avoir vécu cet état, avoir été sage un instant, peut-être plus un moment : mirage ou vanité ?

Les philosophes associent la Sagesse à la philosophie ; pour certains, à l’art de mourir et, pour d’autres, à l’art de vivre. Ma préférence va à ces derniers. Ils caractérisent cette Sagesse par un état particulier, presque gazeux : celui de la sérénité, la vague impression que rien ne peut nous atteindre, un peu comme si nous avions la possibilité d’être « hors-sol », pour parler moderne. Nous pourrions échapper à la matérialité, à notre matérialité ? Cela me semble présomptueux : une idée selon laquelle la Sagesse serait un état sublime de l’homme. L’homme se rapprocherait ainsi de ce qu’il n’est pas et ne sera jamais : un Dieu ! C’est-à-dire totalement désincarné, non soumis à ses sentiments et à ses passions. Une espèce d’être à part, qui serait esprit et âme sans corps, ce qui est impossible puisque l’âme et l’esprit ont besoin d’un support, et que ce support est le corps.

Les écoles philosophiques, sans doute pour séduire leurs adeptes, ont toutes promis la possibilité d’atteindre la sérénité, de dissiper les troubles de l’homme : chez Épicure, dans son Jardin, la sagesse est l’ataraxia ; sous le Portique de Zénon, elle devient apatheia ; plus près de nous, Spinoza y voit le salutde l’homme. Ce dernier est plus proche des promesses des religions.

La Franc-maçonnerie, me semble-t-il, a une approche différente de ce désir de Sagesse. Elle fait référence à ce triptyque : Corps, Âme et Esprit, quand elle énonce trois de ses colonnes : Sagesse, Force et Beauté, comme injonction performative de réalisation de l’homme par la pratique initiatique, pour arriver à un objectif de réalisation personnelle, de projet de vie. Constatant la dualité, elle prend en compte l’homme avec sa matérialité et sa spiritualité pour construire un humanisme.

Par sa pratique, elle constate que, lorsque les hommes se reconnaissent pour frères, l’amour est si fort entre eux qu’ils peuvent atteindre une forme de sérénité. Ils vont même jusqu’à définir cette sérénité d’un mot : « égrégore », un moment où l’esprit domine la matière, un moment où le Compas recouvre l’Équerre.

Cet état n’apparaît pas brutalement, soudainement, du moins au début du chemin initiatique ; il n’est pas, comme dans les religions, une révélation après une nuit de feu mystique. Cet état est dévoilement. Par la force mystérieuse du Rite, on parle de modifications d’états de conscience, d’ascension scalaire, de montée d’une échelle mystérieuse.

Cet état est toujours la conséquence d’un bouleversement, d’un changement d’état, d’une conversion du regard, état qui fait suite, le plus souvent, à un événement de la vie, à un moment où les choses « vont de travers ». Aller de travers n’est pas alors pris dans un sens négatif, mais positif. Cela nous fait sortir de nos habitudes et de nos certitudes, nous permet de nous débarrasser de ce que nous considérions jusqu’alors comme indispensable.

C’est bien dans les « chemins de traverse » que nous découvrons la lumière cachée, pas sous les néons. Sur ces chemins du désir de Sagesse, le cherchant aperçoit toujours des choses qui vont de travers ; c’est bien pour cela qu’il est là : pour rectifier et avancer. Nous ne sommes pas sur ces chemins de traverse pour endurcir nos cœurs, mais pour nous aguerrir, comme le disait Etty Hillesum.

La Sagesse, comme l’initiation, vient d’abord par le corps, puis se propage dans l’âme, qui fait vivre l’esprit. Serions-nous initiés et un peu plus sages si nous étions incapables de souffrir, d’être émus, troublés ? La Sagesse maçonnique, comme l’initiation, n’est pas désincarnée : elle est en nous ; elle est nous, qui sommes Corps, Âme et Esprit, elle est sujet de découverte.

Nous avons tendance à assimiler la Sagesse à la connaissance avec un petit « c ». Le Sage n’est pas un savant ! Il n’est pas un arbre sec au tronc rempli de savoirs, mais un arbre vivant, dont les rameaux poussent sans cesse, pas toujours comme on le voudrait, mais l’arbre tient debout, avec ses puissantes racines ancrées dans la terre et ses feuilles orientées vers la Lumière. Il est toujours en pleine action.

La Sagesse est donc pensée et action. Elle n'est pas une doctrine, mais une activité. Elle est le produit de nos bonnes passions, de notre lutte contre les mauvaises passions, par la pratique des vertus qui ennoblissent l’homme. Elle est raison, loi universelle, catégorique du devoir, mais toujours loi d’amour.

                                    Jean-François Guerry.

Citations pour penser :

Quand bien même nous pourrions être savants du savoir d'autrui, au moins ne pouvons-nous être que notre propre sagesse. - Michel de Montaigne. Essais I, 25.

 

Bien penser: la qualité suprême ; et la sagesse: dire vrai et agir suivant la nature, à l'écoute. - Héraclite  Fragments, DK 112.

PROPOS SUR LA SAGESSE

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

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