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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
École d'Athènes par Raphaël

École d'Athènes par Raphaël

ÉTHIQUE OU PRATIQUE ?

 

En 2021 j’écrivais mon premier livre : « Exercices spirituels antiques et Franc-maçonnerie ». Depuis je n’ai pas cessé ma réflexion sur ce thème, que j’enrichis périodiquement, ou plutôt presque quotidiennement par ma pratique maçonnique. J’écris, quand d’autres parlent seulement, d’autres méditent en silence, ils s’enrichissent tout autant, mais les bienfaits de leur action ne sont pas partagés. J’ai la faiblesse de croire qu’arriver à un certain âge, le peu de temps qui nous reste doit être consacré toujours et encore à la recherche des savoirs, mais surtout à la Connaissance c’est-à-dire à l’Amour du partage.

Les philosophes antiques, mais aussi les modernes sont le plus souvent préoccupés par la construction de systèmes, d’écoles de pensée, qu’ils s’efforcent de diviser, de structurer, de classer, au risque d’émietter leur pensée originelle. Ils veulent sans doute s’affirmer et au mieux laisser une trace de leur passage. Ils se saisissent parfois d’éléments disparates, piochés dans diverses écoles ou systèmes et en les assemblant, ils tentent de trouver une forme de cohérence. C’est une forme d’exégèse élaborée, que d’autres s’empressent de critiquer les accusant au mieux de plagiat au pire d’incohérence. Toute cette agitation intellectuelle finit par aboutir à une confusion, où chacun demeure persuadé d’avoir raison et cela donne corps à des conversations de cénacle où chacun compare ses degrés de savoir. Conversations qui finissent par n’intéresser que les locuteurs qui débattent entre eux, un entre-soi, bien loin des préoccupations existentielles des autres et même bien loin de toute élévation spirituelle qui pourrait améliorer la société. Nous devons nous interroger à propos des philosophes de l’antiquité : leur tâche principale était-elle la rédaction d’un écrit, ou d’écrits ? Il semble à l’analyse que non. En effet tout le monde semble d’accord que les principaux d’entre eux non rien écrit. C’est le cas de Pythagore considéré comme le premier sage, le premier philosophe, l’inventeur même de la philosophie et pourtant il n’a rien écrit ! Pour Socrate il en est de même, c’est Platon qui nous rapporte sa pensée, Plotin même le néoplatonicien tardif dont les Ennéades ont été classées et parfois réécrites par Porphyre. Et pourtant nous pouvons constater qu’ils nous ont laissé un héritage. Nous pouvons donc légitimement nous poser la question, est-ce que la tâche primordiale, essentielle d’un philosophe est la rédaction d’un écrit ? Victor Goldschmidt éminent philosophe, et historien français d’origine allemande, le pensait. Ainsi, il formula le postulat sur lequel repose la méthode structurale en philosophie : « La méthode structurale, dit-il met incontestablement l’accent sur l’œuvre écrite, comme l’unique témoignage où se manifeste une pensée philosophique. »[1] Cela semble évident comment pourrions-nous prétendre la pensée des philosophes antiques sans l’écrit. Pourtant, réfléchissons plus loin, nous constatons l’extrême lenteur des œuvres philosophiques écrites. Cela est du tout simplement parce que la communication était orale. Les dialogues de Platon en sont la démonstration, sans qu’il soit besoin d’argumenter. On notera de plus que les dialogues sont organisés par thème, visant sans nul doute un objectif pédagogique et inspirant pour une conduite de vie face aux événements de celle-ci, ils sont donc plus Praxis que theoria.

 

 

 

 

Conclusion

 

Éthique et Pratique.

 

J’ai volontairement écrit Pratique avec un « P majuscule », en forme d’égalité avec Éthique. Aujourd’hui nos hommes politiques à l’approche des élections éprouvent l’envie soudaine d’écrire. De se raconter et de nous raconter de belles histoires que nous sommes tentés de croire puisqu’elles sont mises par écrit. Après avoir dévoyé l’oralité tentent t’ils de convaincre par la sacralité de leurs écrits, inscrivant leurs promesses dans le marbre face à des paroles qui n’impriment plus. Plutôt que de nous parler d’éthique à longueur de journée, nous pourrions leur dire comme Socrate quand envisager de passer à la pratique ? La Franc-maçonnerie revendique elle dans ses travaux d’être dans l’éthique et au dehors de ses loges de passer à la pratique. Elle est pensée et action, fraternité humanisme et spiritualité, son initiatique n’a pas de sens sans la pratique de ce qu’elle enseigne. Ses exercices qui sont de formation sont aussi d’application dans l’homme et dans la cité. On vient en Franc-maçonnerie, non par vanité pour flatter son ego, mais pour agir sur soi et dans la société. Elle est une praxis vivante, faisons en sorte qu’elle soit vivace grâce à notre exemplarité et qu’elle inspire nos hommes politiques dans leur conduite et pas seulement dans leurs écrits.

 

                                    Jean-François Guerry.

 

[1] Victor Goldschmidt- Remarques sur la méthode structurale en histoire de la philosophie- Métaphysique et histoire de la philosophie, recueil d’études offert à Fernand Brunner. Neufchâtel 1981. Page 230.

ÉTHIQUE OU PRATIQUE
L'ACTION DE LA LUMIÈRE 
ÉTHIQUE OU PRATIQUE

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Publié le par Jean-François Guerry
Chers toutes et tous... Je serais absent du 20 au 26 joies de grand-père !!! Je vous propose en attendant quelques citations pour méditer....À bientôt

Jean-François Guerry

L'ABSENCE....
QUEL PLUS GRAND MANQUE QUE L'ABSENCE DE LUMIÈRE ?

QUEL PLUS GRAND MANQUE QUE L'ABSENCE DE LUMIÈRE ?

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Publié le par Jean-François Guerry
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Ce qui nous caractérise
 3 septembre 2026 par 
Jean-François GUERRY
« L’homme ne saurait se voir complètement en dehors de l’Humanité ; ni l’Humanité en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers. »

​Pierre Teilhard de Chardin.

 

L’homme, partie de l’humanité, c’est une évidence. Pourtant, notre monde, chaque jour, semble démontrer le contraire : des hommes ont des comportements d’animaux sauvages, faisant même honte au monde animal par la pratique de leurs passions tristes, qui les empêchent de devenir des humains. Ce qui les caractérise, c’est leur attirance pour les extrémismes qui plongent leurs esprits dans un entonnoir sombre, réducteur de leur esprit. Ces hommes se tiennent en dehors des deux colonnes de la loi et de l’amour, qui soutiennent l’humanité.

Pourtant, ce qui caractérise l’évolution de l’humanité à travers les temps, c’est une montée des consciences, une ascension dont l’homme est le principal acteur et le point culminant. Celui qui est honnête ne peut adhérer à l’idée qui consiste à dire, à propos de tout : « C’était mieux avant », sous le simple prétexte qu’une partie « du peuple » semble refuser la civilisation. Il suffit de voir le retour à « l’avant » imposé par les talibans à leur peuple, en particulier aux femmes et aux jeunes filles. Cet avant obscur et violent est un déni d’humanité, un esclavage sans limites, une inquisition des esprits.

C’est le constat que dans un océan planétaire de l’évolution, de la montée des esprits et des consciences, il reste des territoires plongés dans l’ombre de l’obscurantisme. Malgré cela, ce qui caractérise l’homme, son évolution en humain, ne cesse de croître. Au-delà de la cérébralisation de l’homme, c’est sa spiritualisation et la prise de conscience de ce qu’il est qui le rendent humain.

En définitive, quand un profane me pose la question : « Mais, au juste, qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ? », je réponds : c’est ce qui transforme, métamorphose l’homme en humain ; c’est ce qui lui permet d’aller au-delà de lui-même, non pas dans une contrée lointaine, mais de plonger dans la profondeur de son être pour en faire surgir toute l’humanité qui y est présente. C’est ce qui permet de développer l’énergie spirituelle qui est en chacun de nous, et c’est possible dans l’espace sacralisé de la Loge maçonnique, qui permet la potentialisation de cette énergie, où les participants progressent pari passu, c’est-à-dire « d’un même pas, d’un même mouvement ». C’est tout ce processus initiatique qui mène vers la Lumière spirituelle qui illumine l’homme et se reflète dans le monde.

La synthèse spirituelle qui se concrétise en Loge et celle qui se réalise dans notre esprit finissent par faire de nous des humains qui trouvent leur place dans un monde qui, de ce fait, devient une humanité fraternelle.

Le scientifique dirait sans doute que, dans le temps, la construction ordonnée, graduelle de la matière, par strates successives superposées, finit par créer un univers complet, plus riche, plus satisfaisant, plus lumineux. Si l’on admet que l’homme fait partie de cet univers, il en est l’acmé. Il en est l’acmé quand, dans sa courbe de vie, parvenu au faîte de sa conscience, il est capable de redescendre tendre la main à ses Frères en toute humilité.

In fine, « ce qui caractérise l’homme vrai », en toutes circonstances, c’est sa capacité à devenir humain, et la Franc-maçonnerie, c’est cette grande dame blanche lumineuse, rencontrée dans la profondeur d’une nuit obscure et porteuse d’un flambeau de lumière pour ouvrir le chemin de l’esprit et du cœur.

​Jean-François Guerry

FLORENCE FERRARI
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Lorsque Camus écrit, à la fin du Mythe de Sisyphe, « Il faut imaginer Sisyphe heureux », je ressens d'abord, comme beaucoup d'entre nous sans doute, une forme de résistance.

Sisyphe heureux ?

L'image paraît presque incongrue. Cet homme est condamné à pousser éternellement le même rocher, à le voir retomber et à recommencer. Rien ne demeure de son effort. Aucun accomplissement, aucune récompense, aucun terme !

Et pourtant, Camus nous dit : « Il faut l'imaginer heureux. L’imaginer seulement parce que ce bonheur n'est pas celui auquel nous pensons habituellement. Il ne tient ni à la réussite, ni à la possession, ni à l'absence de souffrance.Il est ailleurs…

 

Sisyphe heureux : la victoire de la conscience

Lorsque Sisyphe redescend la montagne, il sait désormais ce qui l'attend ; le rocher retombera… inéluctablement. Et malgré tout, il marche. Il marche sans illusion certes mais également sans renoncer à lui-même. Car si Sisyphe regarde son destin en face, peut-être est-ce précisément dans ce regard que commence sa liberté. Une liberté qui ne se situe plus dans l'action sur le monde, mais dans le rapport que l'homme entretient avec ce qui lui arrive.La lucidité n'est pas une défaite. Elle peut être une manière de reprendre possession de soi.

Sisyphe ne choisit pas son destin. Mais il peut choisir ce qu'il en fait. Et c'est là que Camus introduit quelque chose d'essentiel : la liberté intérieure. Cette part de l’homme qui demeure. Cette part inaliénable. Les dieux peuvent condamner Sisyphe à pousser son rocher. Ils peuvent disposer de son existence extérieure. Mais pour autant, ils ne peuvent pas décider du regard qu’il porte sur son destin ; cela relève de sa conscience.

Regarder le “silence du monde”, reconnaître l'absence de sens, faire face à l'absurde et continuer pourtant à vivre…La pensée de Camus n’est pas une pensée de la résignation, mais une affirmation de la condition humaine telle qu’elle est. Il s’agit d’apprendre à habiter l’Instant Présent. Est-ce cela que Camus appelle la révolte : non pas nier le réel, mais refuser qu'il devienne une prison intérieure ? Sisyphe peut cesser de lutter contre ce qui ne peut être changé et, dans le même mouvement, refuser de s'y soumettre intérieurement.

Cela me fait penser à une phrase de Christian Bobin : « La lumière ne fait pas de bruit. »

Elle me semble convenir à Sisyphe. Une lumière intérieure. Une lumière silencieuse. Quelque chose qui persiste dans l'homme alors même que les circonstances semblent vouloir l'éteindre. Et cette idée me touche parce qu'elle rejoint avant tout une conviction qui me paraît profondément humaine : nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive, mais il nous reste parfois la possibilité de choisir la manière dont nous allons le traverser.

Cela ne signifie pas que tout peut être transformé par la seule volonté. Mais peut-être pouvons-nous empêcher la souffrance de devenir tout ce qui nous définit.

 

Mais peut-on vraiment être heureux sans espérance ?

Pourtant, quelque chose en moi résiste encore à cette phrase de Camus. En effet, il me semble que l'homme ne se contente pas d’endurer. Il espère également ; il aime parce qu'il espère, il crée parce qu'il espère, il transmet parce qu'il croit que quelque chose de lui pourra continuer après lui. Alors, si le rocher retombe toujours, si rien ne demeure, si aucun sens ultime ne nous est donné, que reste-t-il en définitive ?

Camus refuse les consolations faciles. Il ne cherche pas à inventer un sens face à l’absurde.

Mais peut-on vivre durablement sans une ouverture vers quelque chose qui nous permette de nous transcender ? C'est ici que je me sens peut-être un peu moins camusienne. L'homme ne vit pas seulement de lucidité. Il vit aussi de relation, de transmission et d'espérance.

François Cheng un de nos académiciens, nourri par la tradition chinoise, et notamment taoïste, nous invite à habiter le vide autrement, non comme une absence de sens ou un néant, mais comme une ouverture intérieure. Le vide peut être l'espace qui permet à quelque chose d'advenir. Entre le visible et l'invisible. Entre ce qui est et ce qui devient. Le vide n'est alors plus ce qui manque, mais ce qui rend possible la relation. Il devient respiration. Et peut-être même force de vie. Cette manière de regarder le monde me parle profondément. Elle permet de ne pas choisir entre la lucidité et l'émerveillement. On peut savoir que toute chose est fragile et continuer pourtant à être bouleversé par sa beauté. On peut connaître la finitude et continuer à aimer. On peut savoir que le temps emporte les êtres et continuer à transmettre.

Alors je m’interroge : et si Sisyphe pouvait être heureux non seulement parce qu'il a pris conscience de son destin, mais parce qu'au cours de sa descente il pouvait encore regarder le monde ? Le ciel. La lumière. La pierre sous ses mains. Le vent. Peut-être même le visage d'un autre homme… Ressentir. Et même imaginer.

En effet, si nous supprimons de l'existence tout ce qui n'est pas directement utile à notre survie, nous supprimons aussi ce qui lui donne sa profondeur.

 

Une lecture maçonnique : transformer la pierre

Et cette réflexion m’amène naturellement vers une lecture plus symbolique. Dans la tradition maçonnique, la pierre n’est jamais seulement une pierre. Elle représente aussi l’homme lui-même : une matière encore inachevée, qui demande à être travaillée, dégrossie, façonnée.

La pierre brute porte ainsi en elle une idée essentielle : nous ne sommes pas seulement ce que les circonstances ont fait de nous. Nous sommes aussi ce que nous choisissons de travailler en nous-mêmes.

Alors, le rocher de Sisyphe peut prendre une autre résonance.

À première vue, son travail semble parfaitement vain. Il pousse, le rocher retombe, et il recommence. Mais si l’on déplace le regard, peut-être que l’essentiel n’est plus le rocher qu’il parvient  ou ne parvient pas à déplacer. Peut-être est-ce l’homme qui, à travers ce travail, se transforme.

N’est-ce pas, d’une certaine manière, ce que peut symboliser le travail initiatique ? Il ne s’agit peut-être pas de parvenir. Il s’agit de devenir.

Le travail sur la pierre n’a pas seulement pour but de produire une œuvre achevée. Il transforme aussi celui qui travaille. Chaque geste, chaque effort, chaque reprise participe à une construction qui dépasse le résultat immédiat. La pierre que l’on façonne est aussi celle de notre propre édifice.

Et peut-être est-ce là que ma lecture de Sisyphe rejoint la démarche initiatique. Son rocher ne disparaît jamais. Il n’atteint jamais un état définitif où son travail pourrait enfin cesser. Pourtant, quelque chose en lui peut changer : son regard, sa conscience, sa manière d’habiter ce qui lui est donné.

Ainsi, le sens ne serait pas nécessairement dans l’achèvement du travail, mais dans la conscience avec laquelle nous l’accomplissons.

Nous travaillons la pierre, mais la pierre nous travaille aussi.

Elle nous apprend la patience, l’humilité, la persévérance. Elle nous rappelle que toute construction véritable demande du temps et que l’homme, lui aussi, reste toujours en devenir.

Peut-être est-ce alors une autre manière de comprendre le bonheur de Sisyphe : non pas comme la joie d’un homme qui aurait enfin vaincu son rocher, mais comme la dignité d’un homme qui a compris que son travail, même répétitif et inachevé, pouvait encore donner forme à son existence.

Le sommet n’est plus alors le seul horizon.C’est le chemin lui-même qui devient œuvre.

 

De l'absurde à la fraternité

Mais Camus ne restera pas éternellement enfermé dans l'absurde. Avec La Peste, puis L'Homme révolté, quelque chose se déplace.L'homme qui avait découvert l'absurde découvre aussi l'autre.La révolte cesse alors d'être seulement un mouvement intérieur. Elle devient une manière d'être avec les autres. Et c'est peut-être là que sa pensée devient profondément humaniste. Nous ne sommes pas faits pour porter seuls le poids du monde.Mais si nous sommes plusieurs à porter nos rochers, alors quelque chose d'autre devient possible : la solidarité. La révolte cesse d'être seulement individuelle. Elle devient fraternelle.

Et cette évolution me paraît essentielle.

L’homme ne devient lui -même qu’en sortant de lui-même. Le devoir d’humanité nous oblige avant nous-mêmes.

La dignité commence peut-être là.

Alors, Sisyphe est-il vraiment heureux ?

Je ne sais pas si Sisyphe est heureux au sens où nous employons habituellement ce mot. Mais je crois comprendre ce que Camus veut nous faire entrevoir.

Le bonheur n'est peut-être pas toujours dansce qui arrive à l'homme. Il peut être la manière dont l'homme accueille ce qui arrive. Et peut-être même davantage : la capacité à transformer ce qui lui est imposé en quelque chose qui lui appartient.

C'est pourquoi je ne voudrais pas voir dans Sisyphe un homme qui se résigne. Par son existence même, il dit plutôt, : « Je sais ce qui m'attend. Et pourtant, je vais continuer à vivre. » Cette nuance est immense.

 

Conclusion

Nous avons tous, je crois, notre rocher : une épreuve, une responsabilité, une blessure, un travail,une histoire que nous aurions voulu différente. La sagesse ne consiste pas à prétendre que le rocher n'existe pas mais elle consisteplutôt à ne pas lui donner le pouvoir de définir toute notre existence.

C'est ici que je rejoins François Cheng, Christian Bobin, mais aussi, d'une certaine manière, notre démarche initiatique : il existe en l'homme une petite lumière intérieure qui ne dépend pas entièrement des circonstances. Camus nous apprend à regarder le silence du monde sans détourner les yeux. Cheng nous invite à percevoir, dans ce monde, la beauté et la relation. Bobin nous rappelle la lumière des choses les plus simples. Et la symbolique maçonnique nous enseigne que la pierre que nous travaillons est aussi celle de notre propre édifice.

Alors peut-être que Sisyphe est heureux non pas parce que son rocher a disparu, mais parce qu'il a cessé d'attendre que le rocher disparaisse pour commencer à vivre.

Et si tel est le cas, la question que Camus nous laisse n'est peut-être pas : « Comment être heureux malgré notre rocher ? » Mais plutôt : « Que pouvons-nous devenir grâce à lui ? » Car peut-être que la véritable liberté ne consiste pas à ne plus avoir de pierres à porter. Elle consiste à devenir capable de transformer la pierre en chemin.

 

📚 Florence Ferrari au Salon du livre maçonnique de Lyon

J'aurai le plaisir d'être présente au Salon du livre maçonnique de Lyon, le samedi 3 octobre 2026.

 

Je serai notamment heureuse de vous y présenter et de partager avec vous mes romans récemment parus, Le Chevalier du Temple et Salomon.

 

En tant que romancière, j'essaie, à travers mes récits, de tisser des liens avec l'architecture sacrée, d'explorer la construction intérieure et cette quête de la géométrie de l'âme, tout en veillant à ne pas dévoyer l'Histoire.

 

Au plaisir de vous retrouver à Lyon et d'échanger avec vous autour de ces ouvrages

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Publié le par Jean-François Guerry
Statue d'Ernest Renan à Tréguier

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FRAGMENTS DE RÉFLEXION – VII –

À la poursuite de « Qu’est-ce qu’une nation ? », dans les traces de la conférence d’Ernest Renan.

  • La nation est-elle un lien, une communauté d’intérêts ? Renan reconnaît qu’une communauté d’intérêts est un lien puissant entre les hommes. Cependant, la communauté d’intérêts est créatrice de traités commerciaux, ce qui est bien pour les échanges entre les hommes, mais cela ne fait pas nation. La démonstration en est faite aujourd’hui avec l’Europe. Souvenons-nous qu’à ce sujet, Renan était partisan d’une fédération des États européens.
  • La géographie, ce que l’on appelle les frontières naturelles, a certainement une part considérable dans la division des nations.
Les Pyrénées

Renan écrit à ce sujet : « Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire ni plus funeste. Avec cela on justifie toutes les violences. Et, d’abord, sont-ce les montagnes ou bien les rivières qui forment ces prétendues frontières naturelles ? Il est incontestable que les montagnes séparent ; mais les fleuves réunissent plutôt. »

Le Rhin

Il poursuit : « Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. (…) Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol. »

Cela est de nature à faire réfléchir sur la validité du droit au sol, mais aussi sur la progression du communautarisme et de sa compatibilité avec le principe d’une nation ?

                       Jean-François Guerry.

À suivre, les mots de la fin de la conférence de Renan, où il dit, pour lui, ce qu’est véritablement une nation.

 

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – VII –

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Publié le par Jean-François Guerry
La statue de Ernest Renan à Tréguier en Bretagne

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FRAGMENTS DE RÉFLEXION VI-

 

Suite de la réflexion sur la nation à partir de la conférence de Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ?

Certains voudraient nous faire confondre religion et nation, et que le seul fait qu’une partie importante de notre territoire soit imprégné des traditions, des religions juives et chrétiennes suffirait à faire nation. Ce qui suffirait aussi pour exclure de la nation la partie du peuple ne se reconnaissant pas de ses deux religions et d’exclure les autres religions.

Si l’on ne peut nier qu’à : « L’origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même, des ses fondateurs mythiques, de ses lois, de ses usages. Elle n’impliquait aucune théologie dogmatique. C’était une religion dans toute la force du terme, une religion d’état. » Ce qui était vrai Athènes et à Sparte ne l’était pas dans toutes les conquêtes d’Alexandre. On pourrait parler d’une religion de la ville de résidence ou d’une province.

 

De nos jours déclare Renan-

« La situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’état ; on peut être français, allemand, anglais, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte.

 

La religion est devenue chose individuelle ; elle regarde la conscience de chacun. La division des nations entre catholiques et protestants n’existe plus. »

À suivre nous verrons qu’une communauté d’intérêts ne fait pas non plus nation.

                  Jean-François Guerry.   

Les russes veulent imposer leur langue cela ne fait pas pour autant une nation

FRAGMENTS DE RÉFLEXION VI-

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Publié le par Jean-François Guerry
Ernest Renan à Tréguier

Ernest Renan à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION-V-

Dans la poursuite de la réflexion sur « Qu’est-ce qu’une nation ? », la conférence d’Ernest Renan de 1882. Ce que nous avons vu pour la race, il faut le dire de la langue.

« La langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. »

L’exemple donné par Renan :

« La Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude obtenue par des vexations. »

Renan ne fut pourtant pas infaillible dans ses jugements, quand il écrit :

« Un fait honorable pour la France, c’est qu’elle n’a jamais cherché à obtenir l’unité de la langue par des mesures de coercition. »

Il semble avoir oublié les obligations faites aux Bretons de renoncer à la langue bretonne, ainsi que les brimades qui s’ensuivirent ! La pratique obligatoire de la langue française a souvent été associée au fait de faire nation. Les Bretons, les Basques, les Corses, les Occitans, les Alsaciens qui furent nos grands-parents s’en souviennent.

Il écrit pourtant :

« Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? »

« L’importance politique qu’on attache aux langues vient de ce que l’on les regarde comme des signes de race. Rien n’est plus faux. »

« On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. »

L’humanité, la fraternité, ne saurait se réduire à la pratique d’une langue.

« Avant la culture allemande, française, italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’Antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain ; ils s’y dévouaient corps et âme. Comme ils le firent bien ! »

Bien sûr, à cet instant, nous pensons à Marsile Ficin, à Pic de la Mirandole, Galilée, Giordano Bruno, Léonard de Vinci et, avant eux, Érasme.

À suivre… La religion, qui ne saurait non plus offrir une base suffisante à l’établissement d’une nationalité moderne. Renan pensait à 1905 déjà en 1882 !

Jean-François Guerry.

FRATERNITÉ POÈME DE PHILIPPE JOUVERT

FRAGMENTS DE RÉFLEXION-V-

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Ernest Renan

Ernest Renan

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – IV –

Ernest Renan à la poursuite de la définition de ce « Qu’est-ce que la nation ? » De la race, disent plusieurs avec assurance ! Extraits de la conférence de la Sorbonne de 1882.

Renan était-il visionnaire ? À propos de la race.

« C’est là une très grande erreur qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès. »

Renan, le croyant, se réfère au christianisme.

« Le christianisme, avec son caractère universel et absolu, travaille plus efficacement encore dans le même sens. Il contracta avec l’Empire romain une alliance intime et, par l’effet de ces deux incomparables agents d’unification, la raison ethnographique est écartée du gouvernement des choses humaines pour des siècles. »

À propos de la France et d’autres pays européens…

« La considération ethnographique n’a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler d’autres éléments, s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir. »

Alors ! Cela interroge sur l’expression « Français de souche » !

« Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus. »

Malentendus qui sont souvent de bonne foi !

« Les discussions sur les races sont interminables parce que le mot race est pris par les historiens philologues et par les anthropologistes physiologistes dans deux sens tout à fait différents. » (Je vous encourage à approfondir.)

Pour les historiens…

« La race, comme nous l’entendons, nous autres historiens, est donc quelque chose qui se fait et se défait. L’étude de la race est capitale pour le savant qui s’occupe de l’histoire de l’humanité. Elle n’a pas d’application en politique. La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d’Europe n’a tenu aucun compte de la race, et les premières nations d’Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé. »

« L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. »

Ici commence à se dessiner ce qu’est une nation pour Renan.

« En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. »

À suivre, ce qu’il faut dire de la langue !

Jean-François Guerry

 

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – IV –

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Ernest Renan statue à Tréguier

Ernest Renan statue à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – III-

         Ernest Renan nous a légué une vision originale de ce qu’est une nation dans sa conférence du 11 mars 1882 à la Sorbonne, la profondeur de sa réflexion avec sa vision de philologue, d’historien, de linguiste, et son parcours personnel font de ses 25 pages un document de référence qui devrait inspirer tous ceux qui veulent politiser l’idée de la nation au mépris de ce qu’est véritablement une nation et de ce qu’elle n’est pas. Ci-dessous quelques extraits de cette conférence : Qu’est-ce qu’une nation ? (Caractères gras et italique les extraits)

Sur la méthode de sa réflexion et de son étude.

                  « Ce que nous allons faire est délicat ; c’est presque de la vivisection ; nous allons traiter les vivants comme d’ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l’impartialité la plus absolue. »

         Sur le passé et l’histoire des états.

                  « Qu’est-ce qui caractérise les différents États ? C’est la fusion des populations qui les composent. »

                  « La France devint très légitimement le nom d’un pays où il n’était rentré qu’une imperceptible minorité de francs. »

                  « La différence du noble et du vilain est aussi accentuée que possible ; mais la différence entre l’un et l’autre n’est en rien une différence ethnique ; c’est une différence de courage, d’habitudes et d’éducation transmise héréditairement ; l’idée que l’origine de tout cela soit une conquête ne vient à personne. »

                  « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, est un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nation un danger. »

Les systèmes généalogiques sont incertains et défectueux, ils constatent aussi des entremêlements. 

« Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. »

« La nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. »

« C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution française, proclamé qu’une nation existe par elle-même. »

         À propos des races, des langues, des religions et des nationalités. 

« Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane par exemple, qui si homogène, n’en n’est pas une ? Pourquoi l’Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? » Refuser d’admettre cela c’est refuser la complexité et rester dans le superficiel.

 La nation exclusivement un fait dynastique ?

         « À entendre certains théoriciens politiques, une nation est avant tout une dynastie, représentant une ancienne conquête acceptée d’abord, puis oubliée par la masse du peuple. » Ernest Renan précise qu’une telle loi n’est pas absolue.

         « La Suisse et les États-Unis, qui se sont formés comme des conglomérats d’additions successives, n’ont aucune base dynamique. »

         Pour la France : « Disons seulement que cette grande royauté française avait été si hautement nationale que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. »

         « Outre le droit dynastique, il y a le droit national. Ce droit national, sur quel critérium le fonder ? À quel signe le reconnaître ? de quel fait tangible le faire dériver ? »

         De la race, de la langue, de la religion ? Les réponses de Renan seront dans l’article suivant.

                                    Jean-François Guerry.

À SUIVRE…

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – III-

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Statue d'Ernest Renan avec Athena  à Tréguier

Statue d'Ernest Renan avec Athena à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

Ernest Renan : « Qu’est-ce que la Nation ? »

Août 2026, la France s’agite face aux échéances politiques, chacun s’efforce de définir ses projets pour la nation. Entre caricature et raison, il faut mettre des définitions aussi précises que possible sur les mots, afin d’éviter toutes les confusions néfastes. « Sans prendre les mots pour idées ». Chacun s’évertue à s’approprier le mot nation, peu se hasardent à le définir sans succomber à la fadeur ou à l’outrance. Ernest Renan, « l’inclassable », nous a laissé un guide qui fait encore référence. Il a pensé, en 1882, ce qu’est une Nation dans le monde moderne. « La nation est une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine » [1]. La cristallisation du mot nation a généré une idéologie nationale, trop souvent détournée en idéologie nationaliste qui, au lieu de réunir, fragmente, c’est un comble ! Ernest Renan fut comparé à un prisonnier de la grotte de Platon au milieu des philosophes, des penseurs et des historiens, mais un prisonnier de cette grotte qui s’est évadé. Qui est sorti de l’obscurité et, malgré la lumière aveuglante, a réussi à voir le monde réel. Il a capté l’attention dans sa Conférence de la Sorbonne du 11 mars 1882, il dira : « J’en ai pesé chaque mot avec le plus grand soin ; c’est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l’équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race, je désire que l’on se souvienne de ces vingt pages-là. » [2]

Effectivement, nous nous souvenons essentiellement d’Ernest Renan à travers ces deux ouvrages : La Vie de Jésus, qui provoqua scandale et émoi dans un pays non affranchi de la prégnance du catholicisme dans les pensées, et son Qu’est-ce qu’une nation ? Aujourd’hui, pratiquement tous les écrits sur la nation mentionnent cette citation : « L’existence d’une nation (…) est un plébiscite de tous les jours. » Évidemment, il faut lire Renan en rapport avec ce qu’était son temps. Essentialiste de son temps, il parlera de volonté, de race, de communauté de sang, toutes choses qu’il s’efforçait d’épurer de tout contexte politique. La race humaine diffère essentiellement de la zoologie, on ne peut pas aller dans le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : « Tu es de notre sang ; tu nous appartiens ! »

Il faut, selon lui, se souvenir des ancêtres communs, mais aussi oublier, pour élaborer un processus de construction de la nation. Il ose dire : la nation n’est pas un corps ethnique d’origine unique, constatant en historien qu’il y a eu de tous temps des mélanges de groupes d’origines diverses et la création de nouvelles sociétés. Il rejette ainsi toute prééminence d’un groupe particulier sur un autre, qui aurait un quelconque privilège sur les autres groupes. Plus moderne encore, il dit : la langue, la religion, la géographie et l’intérêt économique ne constituent pas des points de départ déterminants à la construction d’une nation. La terre est trop mouvante pour être figée. La nation lui apparaît d’abord comme une solidarité entre des hommes modernes, autonomes et désireux de vivre sous la même autorité. Il est, en ce sens, un fédéraliste. C’est l’idée politique de détenteurs d’un libre arbitre qui crée la nation. La nation est donc une construction moderne qui, comme toutes les constructions, sera un jour appelée à disparaître ou à se reconstruire ? Renan, le libéral méfiant vis-à-vis de la démocratie de masse, finira par s’y convertir, arguant d’une nécessité historique.

Il adhéra au fait : « Que ce n’est ni la langue ni la race qui fait la nationalité » [3]. Renan [préconise] la création d’une Europe fédérale, craignant un impérialisme s’appuyant sur la race ; il combat ainsi le racisme théorique fondateur de la nation. Il sera proche de Raymond Aron et de Marc Bloch. La nation n’est pas pour lui un ethnos ancien, mais un mélange de groupes linguistiques et culturels. Il reconnaît les adeptes du judaïsme comme partie immanente de la nation française. Preuve que sa vision marqua les esprits : bien plus tard, en 1943, le Comité juif américain estima que la Conférence de Renan sur la nation pouvait être utilisée comme une arme contre le nazisme, le racisme et l’antisémitisme. Ernest Renan, Raymond Aron et Marc Bloch s’accordèrent sur la pensée que le judaïsme est une croyance importante plutôt qu’une matrice issue d’une matrice commune ou une nation aspirant à regagner sa patrie. Évidemment, ce fut une position embarrassante pour les sionistes. Cette pensée commune est devenue aujourd’hui irrecevable pour ceux qui se revendiquent fils d’Israël.

     Jean-François Guerry.

Sources : Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ? – Préfaces – Éditions Gallimard, collection Champs classiques.

À SUIVRE : Les textes d’Ernest Renan.

 

[1] Bénédict Anderson – L’Imaginaire national, 1983.

[2] Ernest Renan – Discours et Conférences, 1887 – Paris, Calmann-Lévy, 1904, page 11.

[3] Numa Fustel de Coulanges, L’Alsace est-elle française ou allemande ?

Poème en chanson de Philippe Jouvert 
FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

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Publié le par Jean-François Guerry
statue d'Ernest Renan - avec Athéna Place du Martray à Tréguier.

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FRAGMENTS DE RÉFLEXIONS

Chaque année, en août, sans date précise, quand le besoin devient intense, je fais avec mon épouse ce que certains qualifieraient de pèlerinage. Je dirais plutôt un voyage de recueillement et de prise de recul, avec des moments de retrait du monde. Cette pause commence par un arrêt dans le cimetière de Paimpol, où repose mon fils aîné, là où une partie de notre vie a changé. Nous mesurons alors, à chaque fois, depuis 5 ans déjà, que certaines douleurs ne meurent pas.

Puis nos pas nous guident souvent vers Tréguier, après avoir pensé à l’ami Georges, celui qui repose à Sète, autre bord de mer, et dont les murs de sa maison de Lézardrieux résonnent encore de sa voix et des rires des « Copains d’abord ».

Cette année, à Tréguier, sur la place du Martray, je me suis arrêté devant la statue d’Ernest Renan, l’inclassable, qui pose, assis avec la déesse Athéna, symbole de la Libre Pensée, qu’il avait adoptée. J’ai lu, il y a quelques années, son Marc Aurèle et avais été surpris par sa connaissance de l’Antiquité et du stoïcisme, et surtout par son approche originale et objective, loin des louanges sans nuances de celui qui fut qualifié d’« Empereur Philosophe ». Renan nous rappelle qu’il fut aussi l’un des plus grands persécuteurs de chrétiens !

J’ai voulu aller plus loin dans la connaissance de cette figure qui fut administrateur au Collège de France. C’était l’occasion de visiter sa maison natale, transformée en musée, à quelques pas de la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier.

Cette maison familiale de capitaine de Marine fut la demeure du jeune Ernest, né en 1823. À 5 ans, il est orphelin : son père périt en mer. Il fut élevé par sa sœur aînée, Henriette, avec qui il restera très proche toute sa vie durant.

Élève doué, remarqué pour ses qualités intellectuelles et sa soif de savoirs. Remarqué par ses maîtres au séminaire catholique, ils financèrent ses études au prestigieux Séminaire Saint-Sulpice à Paris. Son destin devait alors le mener dans une carrière d’ecclésiastique.

Naturellement, il étudie la théologie, mais aussi l’hébreu, l’araméen et la philosophie allemande. Ses études furent couronnées par une thèse de doctorat consacrée à Averroès, le penseur musulman et aristotélicien. Ce fut la première fissure dans la foi du jeune Renan.

Rapidement, il déclara avoir perdu la foi et se tourna vers la science et celle qu’il qualifiait de « science des sciences », la philologie. Cette science devint pour lui une arme laïque pour la destruction du mythe du Jardin d’Eden et du mythe religieux lui-même, qu’il considéra comme une construction de l’imagination humaine. Le langage devenant pour lui uniquement une création humaine.

Il n’oublie pas la religion, mais il la regarda dès lors avec le prisme de la raison humaine.

Sa première œuvre, commise à 24 ans, porte le nom d’Histoire générale et système comparé des langues sémitiques. Elle fut couronnée par un prix de l’Académie française.

À propos de cette œuvre, il déclara :

« Je suis donc le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine. Elle n’a ni cette hauteur de spiritualisme que de l’Inde et la Germanie seules ont connue, ni ce sentiment de la mesure et de la parfaite beauté que la Grèce a légué aux nations néo-latines, ni cette sensibilité délicate et profonde qui est le trait dominant des peuples celtiques. » [1]

Renan semble opposer la largeur de vue de l’Indo-Européen et sa tolérance, là où le Sémite est égoïste et renfermé sur lui-même. Il n’est cependant pas, malgré les apparences, raciste au sens où on l’entend aujourd’hui, ni essentialiste. Au cours de sa vie, il démontrera son admiration pour une partie des cultures de l’Orient et fut même qualifié d’orientaliste. Il se révèle là encore « inclassable ».

Cet orientalisme et sa passion pour l’archéologie le menèrent d’ailleurs à prendre la direction d’une expédition archéologique en Orient, dans la Phénicie, le Liban actuel, la Syrie et la Palestine.

L’infatigable chercheur s’intéresse alors à la naissance du monothéisme chrétien. Cela le conduira à l’écriture de son livre : La Vie de Jésus.

C’est avant la parution de son ouvrage qu’il fut nommé professeur d’hébreu à la chaire du Collège de France, en 1863. Son discours inaugural sur La Vie de Jésus lui vaudra les foudres de l’Église catholique. En effet, il présente Jésus comme un être humain ordinaire, avec toutes ses qualités, ses particularités et ses défauts. Il réduit, pour ne pas dire supprime, le mythe, les mystères et les miracles.

Il sera finalement, sous la pression de l’Église, obligé de renoncer à sa chaire au Collège de France, et c’est bien plus tard qu’il redeviendra administrateur, en 1870, après la chute de l’Empire.

Il est considéré comme un précurseur de la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État. Le libéral-conservateur s’est incliné devant la logique démocratique, ce qui fit de lui une icône de la IIIe République.

On notera que sa Vie de Jésus fut ce que l’on qualifie aujourd’hui de best-seller, rééditée pas moins de 10 fois.

À cette œuvre, il convient d’en ajouter une autre : Qu’est-ce que la Nation ?, dont le point d’orgue est la Conférence faite à la Sorbonne le 11 mars 1882.

Des passages de ce livre sont régulièrement cités encore aujourd’hui. En introduction de cette conférence, il écrit :

« Tâchons d’arriver à quelque précision en ces questions difficiles, où la moindre confusion sur le sens des mots, à l’origine du raisonnement, peut produire à la fin les plus funestes erreurs. Ce que nous allons faire est délicat ; c’est presque de la vivisection ; nous allons traiter les vivants comme d’ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l’impartialité la plus absolue. »

Nous sommes loin des visions simplistes, réductrices, que certains voudraient nous vendre comme une marchandise prête à consommer.

                                        Jean-François Guerry.

À SUIVRE….

 

[1] Ernest Renan — Histoire générale et système comparé des langues sémitiques.

 

La statue d’Ernest Renan, en position assise, est dominée par la statue d’Athéna (déesse grecque), symbolisant la libre Pensée.

Inscriptions

Sur le piédestal, sur une plaque en granit : Ernest Renan / Né à Tréguier le 27 février 1823 / On ne fait de grandes choses qu’avec la science/ et la vertu. La foi qu’on a eue ne doit / jamais être une chaine. L’homme fait la beauté de ce qu’il aime et la sainteté / de ce qu’il croit... / E-R. Sur le piédestal, sur une plaque en bronze : A Ernest Renan / centenaire de sa mort / en / 1992 / Hommage des Trégorrois / J.Y. Prudhomme maître artisan bronzier d’art à Tréguier. Sur le banc, à droite : Jean Boucher sceau du fondeur : Etablts Molz J. Malesset fondeur Paris 1903.

 

FRAGMENTS DE RÉFLEXIONS- I-
FRAGMENTS DE RÉFLEXIONS- I-

Historique

1894 : premier projet émanant d’un groupe républicain parisien, Les Bretons de Paris. 1902 : lors de l’inauguration de la statue de Hoche à Quiberon, les Bleus de Bretagne et Armand Dayot émettent le vœu d’ériger un monument à Renan. Le gouvernement et la ville de Tréguier s’associent pleinement à cette entreprise. Le projet est ressenti comme une provocation par les conservateurs catholiques et la municipalité reçoit de multiples lettres de protestations. La lutte entre les ‘Bleus’ et les ‘Blancs’ connaît un retentissement national abondamment commenté par la presse. 1903 : la statue arrive à Tréguier le 8 septembre et est inaugurée le 13 sous la présidence d’Emile Combes, président du Conseil, et en présence de Joseph Chaum 

SOURCE OUEST-FRANCE
FRAGMENTS DE RÉFLEXIONS- I-
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